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Notes d'un soldat territorial Vaujours 1915

 
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Notes d'un soldat territorial Vaujours 1915
 MessagePosté le: Mar 29 Avr 2014 - 09:13 Répondre en citant  
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BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ LANGUEDOCIENNE DE GEOGRAPHIE
PREMIER ET DEUXIÈME TRIMESTRES 1919

VERS LE FRONT
NOTES D'UN TERRITORIAL
par G. Mercier-Castelnau

Extraits :

page 49

Le 1er janvier 1915, nous quittons la région de Chelles.
Un ordre subit bouleverse nos cantonnements, sans doute pour nous apprendre à boucler nos sacs, à changer de terrain de
manoeuvre on craint pour nous les dangers de l'habitude, de l'immobilisation sur un point fixe comme en temps de paix.

Le 1er bataillon occupera Courtry, le fort de Vaujours et la poudrerie de Sévran-Livry.
le 2° s'établira à Villeparisis, le 3' restera au Pin, avec l'Etat-major qui s'y transportera.
Voilà des étrennes qui nous arrivent au matin même du 1er janvier!
Heureusement l'étape est courte deux compagnies du premier bataillon s'arrêtent à Courtry, deux autres continuent leur marche jusqu'au fort de Vaujours et

Sévran-Livry, et la même existence recommence dans ce cadre nouveau.

Courtry offre en hiver le plus triste aspect il s'allonge en une seule rue, dans un bas fond humide, parsemé de mares stagnantes aussi les eaux de pluie ne s'écoulant ni à la surface du sol, ni dans le tréfonds argileux y laissent-elles, plusieurs mois durant, d'épais tapis de boue.
Déjà nous regrettons la solitude du fort de Chelles, quand il faut sortir de sa chambre, la nuit, pour errer dans la rue, une lanterne à la main, à la recherche de la maison lointaine, où le repas du soir nous attend. Comment arrive-t-on à supporter, sans mourir de fatigue et de froid, les nuits d'hiver dans les tranchées, telle est la question qui revient souvent sur nos lèvres ? Notre être se révolte contre tant de souffrances, comme si nous ignorons la merveilleuse résistance du corps humain.

page 50

soutenu par une volonté inflexible. Le château de Courtry abrite quelques officiers dans ses chambres froides et tristes,
qui sentent l'abandon. Cependant nous obtenons d'installer notre popote dans un local plus confortable, dans une vraie salle à manger, où le soir, au retour  de la manoeuvre, nous savourons lentement les nouvelles de l'Information, en nous arrêtant surtout aux pronostics les plus favorables et ceux là ne manquaient pas. Mais les événements décisifs n'arrivaient pas plus vite.

Le terrain de nos manoeuvres a changé d'aspect a la plaine de Chelles succèdent les hauteurs de Villevaudé, de St-Marcel et de Montjay et les exercices ont gagné en ampleur ce ne sont plus des combats de compagnie ou de bataillon contre bataillon voici que les deux régiments de la brigade, le 120 et le 122, vont  se mesurer l'un contre l'autre, ou parfois collaborer ensemble.
Tantôt c'est une marche de brigade en formation d'approche de Courtry à Villevaudé, tantôt l'attaque d'un convoi qui, par la route d'Anet-sur-Marne descend sur Thorigny et Lagny, l'assaut des crêtes de Villevaudé, St-Marcel et Montjay par un régiment débouchant sous les couverts de Brou et de Pomponette, le siège du plateau du Télégraphe par le 122*' arrivant par Annet-sur-Marne et se heurtant aux pentes escarpées que défendait le 120' dans une position formidable, ou bien encore la marche à travers les bois de St-Martin, mouvements à grande envergure, copie de la guerre théorique, comme elle s'indique dans les livres ou les récits de jadis, mais que la pratique actuelle ne connaît plus.

Or par deux fois seulement, à titre d'accessoires, et pour des fractions réduites, le simulacre fut tenté de'l'attaque d'une tranchée, figurée par un simple fossé cependant de véritables tranchées existaient dans la région de Conrtry,
Villeparisis et le Pin il y en avait sur le plateau du fort de Vaujours, ainsi qu'au nord et au sud de ce plateau sous les coups de la pluie ces tranchées, construites à grands frais par des ouvriers civils, se délabraient a vue d'oeil nous pas-


page 51

sions près d'elles chaque jour mais l'ordre ne vint pas de les construire, de les réparer, ou même de les occuper de
jour et de nuit que d'exercices intéressants et profitables nous pouvions exécuter sur place . Apprendre aux hommes
la vie de tranches, les longues stations, le service de surveillance, celui des relèves la nuit sans désordre et sans
bruit toutes choses qui ne s'improvisent guère, et que nous ne saurons pas à l'avance. Et les armes de tranchées, les
grenades, les bombes, que d'occasions perdues d'en apprendre le mécanisme et la pratique. On trouva plus expédient
de les ignorer et cette lacune irréparable mettra notre régiment en état d'infériorité manifeste, quand il s'agira de lui demander un service de première ligne.
Ce n'est pas au front que s'inaugure cette initiation Au retour des manoeuvres nous persistons encore à monter la garde pour surveiller les aéroplanes ennemis. Ce service ainsi organisé par intermittence nous semblait effarant. D'ailleurs nous ne faisions pas même un tir réel au fusil.
Deux incidents vinrent rompre la monotomie des jours pareils pendant les trois mois d'hiver à Courtry, tandis que nos camarades des autres bataillons, plus favorisés comme résidence, surtout ceux du 2, semblaient trouver le temps moins long il faut dire que l'accès de Paris leur était facilité à Villeparisis par la proximité de la ligne du Nord. Tout d'abord ce fut une expérience de vaccination tentée sur nous « in anima vili Des ordres, longs comme des plans de bataille, tombèrent sur nous un jour, sans que d'ailleurs le service médical ait été pressenti, et nous dûmes, les hommes placés sur deux rangs, officiers en tête, avaler au commandement et d'un seul coup avant chaque repas, deux pilules d'un vaccin, destiné nous. dit-on, à terrasser infailliblement le bacille de la fièvre typhoïde pendant huit jours cet exercice imprévu fut- ainsi renouvelé, par simulacre tout au moins car si un certain nombre de soldats prirent les pilules, nul ne prit le remède au sérieux, et l'autorité militaire pas davan

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tage, puisqu'on jugea nécessaire peu de temps après de nous faire vacciner par injection contre le même bacille. 1) resta de cet incident le souvenir dune fantaisie qui pouvait coûter cher.
Le second incident se rapporte à la chasse; ce coin de Courtry est giboyeux le bois des Coudreaux notamment recevait la visite nocturne de nos soldats, braconniers incorrigibles, dont l'affluence des lapins surexcitait la passion. Un matin, deux soldats en rupture d'exercice s'étaient aventures dans les taillis pour y relever les lacets placés la veille, lorsqu'ils se trouvèrent face à face avec deux gendarmes, qui les observaient. Bravement les troupiers se lancèrent à travers champs en fuite éperdue vers Courtry, suivis par les gendarmes moins agiles. Passer devant la sentinelle aux issues et se jeter dans la première maison ouverte fut un jeu pour nos soldats, qui durent bien rire, s'ils virent les gendarmes hors d'haleine interroger la sentinelle. Celle-ci, un Aveyronnais retors sous son air bonasse, fit semblant de ne pas comprendre, et les retint longtemps après les avoir alléchés par l'impression que peut-être bien il désignerait les deux fuyards,! il finit par leur répondre nettement qu'il n'en reconnaîtrait aucun. Les gendarmes dont la colère hérissait les moustaches, ne demandèrent rien moins qu'une revue des troupes stationnées à Courtry pour découvrir les coupables, car le sang des lapins criait vengeance.
Ils reçurent pour toute réponse cette observation d'un officier « Mieux vaut que le gibier soit mangé cette année par les soldats que par tes civils. aphorisme culinaire, qui fut sans doute goûté à sa valeur car il figure en bonne place sur le rapport des gendarmes ce qui obtint un beau succès d'hilarité.
Heureusement on sortait parfois de Courtry, soit pour monter au fort de Vaujours, soit pour descendre à la poudrerie de Sévran-Livry. Le fort de Vaujours  occupe une position admirable sur la hauteur qui domine la grand route n° 3 de Paris à Metz par Villeparisis et Claye-Souilly, la ligne de

page53

chemin de fer de Paris à Maubeuge, le Canal de l'0urq d'une part, et d'autre part la ligne de Paris à Reims, la Marne et la route de Paris à Château-Thierry; ce fort commande ainsi deux de nos grandes lignes de communication avec le front; mais il est vraiment de trop petite
taille pour garder une importance de premier rang; l'artillerie moderne a d'ailleurs démontré qu'il n'existe pas de fort capable de résister longtemps à ses  coups. Or le fort de Vaujours, plutôt caserne qu'ouvrage dëfensif n'a rien de moderne on devrait même l'évacuer au premier obus tiré sur lui. Cependant une revue sérieuse, sous la signature d'un auteur connu, n'hésita pas à affirmer que si dans les premiers jours de septembre 1914 l'armée de Von Kluck avait suspendu soudain sa marche triomphale sur Paris et commencé vers l'Est ce mouvement de flanc qui lui fut fatal, c'est parce qu'elle avait redouté les défenses du fort de Vaujours.
Hélas, en septembre 1914, Vaujours ressemblait à Chelles comme armement et munitions.

Plus tard seulement après la retraite des Allemands, quand, en prévision d'un retour possible des envahisseurs, la maitrise
d'un Galiéni se fit sentir, on travailla ferme à organiser les tranchées et les forts du camp de Paris et même dans cette zone des armées qui ne touchaient pas directement au front, les ouvrages défensifs s'organisèrent solidement et plus vite que dans certains secteurs du 
front lui-même.

Par une nuit brumeuse de février 1915 nous montons de Courtry au fort de Vaujours. IL pleut, on marche dans la Boue, dans les flaques d'eau à l'aventure. Le  fort apparaît au dernier tournant du chemin, masse sombre sur le ciel. Ici, comme à Chelles, les soldats occupent des chambrées à deux rangs de couchettes superposées les officiers se groupent dans une vaste salle voûtée, et éclairée d'un seul côté par deux fenêtres, de sorte que seule la partie sur l'avant  réservée au capitaine reçoit l'air et la lumière, tandis que les autres parties, compartiments en planches qui ne vont pas jusqu'a la voûte, restent plongés dans une nuit éternelle. 

A suivre...
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 MessagePosté le: Mar 29 Avr 2014 - 09:13  
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 MessagePosté le: Mer 30 Avr 2014 - 08:51 Répondre en citant  
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Le fort abrite déjà des artilleurs, des sapeurs du génie. Sur la plate-forme supérieure, des mitrailleuses, des canons de 75 sont braqués vers le ciel que fouille la nuit un projecteur; partout des sentinelles à placer; c'est le service de l'infanterie.
Allons, nous ferons bonne garde contre les pirates de l'air: Voilà un service utile; nous laissera-t-on tes mains libres pour l'organiser comme il convient ?
Un capitaine d'artillerie commande le fort; avec lui quelques officiers de son arme. lieutenants et sous-lieutenants nous y trouvons aussi un ingénieur de la marine, chef du service de D.C.A. (Défense contre les aéroplanes). Les réunions au mess nous promettent de l'intérêt le soir à l'heure du repas pris en commun car le matin notre service ordinaire de manoeuvre appellera les fantassins à un départ prématuré.

Ce contact avec les artilleurs souligne la différence de situation militaire entre officiers de même grade Le capitaine d'artillerie fait figure de personnage important il commande vraiment sa batterie et n'admettrait guère des actes d ingérence trop indiscrets qui gêneraient son humeur d'indépendance aussi son autorité est-elle grande sur ses artilleurs. Le capitaine d'infanterie obtient rarement pareil ascendant sur ses fantassins, car on s'ingénie comme à plaisir et malgré le règlement, à rétrécir son initiative, à le comprimer dans des prescriptions étroites, au risque de le réduire au rôle de figurant qui transmet des ordres et donne des signatures. Peut-être la loi du nombre le veut-elle ainsi, et non pas seulement l'incompréhension de la psychologie élémentaire ?
Quoi qu'il en soit, le prestige du capitaine d'infanterie souffre de cet état de choses, et avec lui la possibilité d'obtenir de ses soldats le rendement maximum.

Le Commandant du fort, estimant qu'après les rudes travaux de la journée ses artilleurs méritent quelques distractions a fait installer dans une salle du fort un cinéma, qui offre chaque soir un spectacle, dont le programme change deux fois par semaine.

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Les officiers, sans dédaigner ce spectacle, qui les met en contact avec les soldats, préfèrent prolonger la soirée à la table du mess. Là on parle de la guerre, de ses chances de durée, des résultats obtenus nos regards se tournent en ce moment vers les champs de bataille de Turquie,
vers nos flottes alliées, qui exécutent des raids magnifiques à l'entrée de la mer de Marmara, et la promesse de l'Amiral Anglais de mouiller ses navires devant Constantinople à Pâques prochain enflamme notre imagination; nous répétons volontiers avec tant d'autres que la solution du conflit actuel se trouve peut-être à Constantinople. Mais l'Ingénieur de la marine hoche la tête; pour lui nous ne forcerons pas les passages du détroit car nos hésitations et nos retards ont donné au Turcs commandés par les Allemands le temps de fortifier les deux rives et de mouiller des mines flottantes que le courant porte vers l'Ouest; il fait le pari a qui voudra que la tentative échouera, nos flottes seraient-elles appuyées
par un débarquement de troupes à la presqu'iie de Gallipoli.

Son assurance, les détails techniques qu'il donne nous impressionnent sans ébranler notre conviction. Il déclare d ailleurs qu'il préférerait se tromper dans ses pronostics. Le pari est tenu; on se met d'accord pour en fixer l'échéance au jour même de Pâques, et chacun se promet de vider ce jour-la une coupe de champagne à la gloire de nos marins arrives à la Corne d'Or.

Un soir, après qu'on eut porté la santé de nouveaux arrivants et jeté au hasard quelques observations qui retombaient vite, sans que le voisin les renvoyât en réplique, voici qu'une idée exprimée par l'un de nous s'étendit et s'amplifia soudain sous la poussée des observations  allternées. Il s'agissait de la guerre - quel autre sujet pouvait nous intéresser davantage? -
mais de la guerre envisagée au point de vue des groupements d'alliances. L'histoire de demain, celle, que nous dénommons l'Histoire impartiale, et qui n'est trop souvent que l'histoire inclinée à nos préférences, sinon à nos préjugés, pourra-t-elle charger des responsabilites de ce f1éan telle

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religion plutôt que telle autre, les Catholiques plutot que les Protestants ou les Orthodoxes grecs, et sera-t-il possible de
découvrir à travers la fumée des batailles le choc de deux mentalités façonnées par des religions rivales? On a voulu trouver trace de lutte dans les intrigues de l'Angleterre et de l'Allemagne, peuples protestants, fomentant les premiers troubles de la Révolution française pour ruiner un édifice social dont la religion catholique en France était le soutien et pour certains esprits à idées fixes la Révolution française, considérée par ce coté spécial, ne serait qu'une revanche de la révocation de l'Edit de Nantes pourquoi pas-de la Saint-Barthélémy?

Si le conflit actuel est complexe par les intérêts politiques et économiques en présence, il faut dire, et le constater avec satisfaction que la question religieuse n'entre pas en jeu que cette fois du moins elle ne conditionne aucun des aspects du problème il suffit de remarquer que l'Allemagne du Nord protestante, l'Autriche-Hongrie et l'Allemagne du Sud catholiques, la Turquie musulmane, plus tard la Bulgarie orthodoxe grecque- forment un premier bloc;- contre lui se dresse l'autre bloc de i'Angleterre protestante, de la France et de la Belgique catholiques, de la Russie, de la Serbie et du Monténégro, orthodoxes. grecs, et plus tard encore de l'Itatie et du Portugal catholiques, sans parler du Japon shintoïste en sorte que de part et d'autre, si les races s'opposent nettement, les peuples de même religion se trouvent alliés aussi bien qu'ennemis, et le  roupement des alliances ou des inimitiés est tel qu'il échappe à toute supposition d'un plan préconçu sous un point de vue religieux quelconque. Mieux vaut qu'il en soit ainsi: les luttes religieuses enveniment le conflit et l obscurcissent; et l'idée
religieuse n'a rien à gagner, mais tout à perdre quand, en son nom, des fidèles se déchirent entre eux. Dans le grand conflit moderne il s'agit d'intérêts magnifiques ou mesquins, mais tous d'ordre terrestre.

page 57

D'un côté on a déchaîné la guerre pour satisfaire une ambition démesurée, agrandir son territoire, augmenter ses colonies, s'emparer en un mot, des richesses d'autrui dans ce but on n'a pas hésité à se livrer à l'agression brutale, à la violation cynique des traites signés; de l'autre on défend le sol national envahi, la liberté des peuples menacée, le droit des nationalités, le respect des traités formels, grandes idées, sentiments sublimes qui font partie du patrimoine moral de l'humanité et dont les Alliés s'honorent d'être les champions ! Mais, encore une fois, ce sont là des intérêts d'ordre temporel; Sans doute on a pu remarquer que dans l'invasion de la Belgique les Allemands manifestaient une animosité singulière contre les prêtres, et que leur folie de destruction s'étendait aux églises et aux couvents, mais ces manifestations de vandalisme émanaient aussi bien de très bons catholiques Bavarois que des protestants authentiques de Poméranie, et les Autrichiens ont montré en Serbie et en Russie 'la même 'férocité sacrilège. La lutte ne se poursuit donc pas entre des confessions chrétiennes rivales elle reste, en réalité, la ruée des Germains, assistés de quelques complices, contre les non-Germains. Toutefois et sans quitter ce point de vue des races, d'aucuns se demandent si le geste de l'Empereur Guillaume convoquant son peuple à la guerre ne serait pas la continuation à travers les siècles de la lutte de la vieille Germanie contre les idées nouvelles qui montaient des rives de la Méditerranée à travers l'ancienne Gaule jusqu'aux bords du Rhin. En faisant appel à son Dieu, qu'il somme de lui prêter assistance, le Chef germain n'invoque pas le Dieu de l'Evangile – ce serait un blasphème trop odieux – il prolonge, consciemment ou non, une tradition, l'appel aux vieux dieux de la Germanie, à Odin ou Thor, féroces et sanguinaires et c'est leur esprit qu'il insuffle, à ses soldats.
Dans cette pose théâtrale, qui plait à ce cabotin, il symbolise ,le paganisme en lutte contre l'idéal nouveau, il incarne l'Esprit du Mal en révolte contre le Prince de la Paix. Eh bien, soit !

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Nous acceptons encore le débat sur ce terrain nouveau si c'est une nouvelle croisade, la dixième, volontiers nous allons nous croiser. Ainsi envisagée la lutte prend de l'ampleur, et l'enjeu dépasse les limites de la terre. Quoi qu'il en soit, nous tenons le beau rôle, et ce n'est pas un mince réconfort !
Ainsi se prolongeait parfois la causerie outre officiers au fort de Vaujours, avant de regagner la salle commune, où les ronflements trop sonores d'un de nos lieutenants attiraient des protestations et des sifflets. Les artilleurs demandèrent
même son expulsion pour cause de tapage nocturne, et la sentence d'expulsion fut exécutée.


Soudain dans la nuit, un clairon sonne l'alerte, chacun court à son poste de combat on observe le ciel, mais rien ne vient, et nous rentrons déçus simple exercice nécessaire pour constater que tout fonctionne bien.


A  suivre ...
 
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 MessagePosté le: Ven 11 Juil 2014 - 07:57 Répondre en citant  
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Une seule fois, dans la nuit du 21 mars 1915, le spectacle présenta un réel intérêt.
De la plateforme supérieure nous contemplâmes longuement les faisceaux de rayons lumiueux lancés par les projecteurs, et qui se déplaçaient, se croisant en tous sens, fouillant l'horizon.
Un groupe de zeppelins attaquait la partie Nord de Paris, et nous distinguions nettement les éclatements lumineux des projectiles lancés contre eux, tandis que nous arrivait l'écho lointain de la canonnade, mais notre artillerie du fort n'intervint pas.

A tour de rôle les compagnies du régiment assurèrent pendant une semaine la garde de la poudrerie de Sevran-Livry, service pénible à raison du nombre des sentinelles à fournir chaque jour, et qui absorbait la moitié de l'effectif de chaque compagnie, tandis que l'autre moitié devait assister à des manoeuvres; ainsi les soldats n'obtenaient pas un seul jour de repos. La poudrerie comprend un groupe de bâtiments espacés dans un carré de forêt en bordure du canal de l'Ourcq; un grillage de fer solide et surveillé sans cesse, tant a l'intérieur qu'a l'extérieur, en défend l'accès.

page 59

Là se fabrique la poudre pour nos canons, comme pour les canons Belges et Serbes. Les cotons d'Amérique, imbibés d'acide,
sont desséchés sous presse par l'alcool qui en chasse l'eau, arrosés ensuite d'éther et malaxés en pâte rose colorée par la fuchsine; ces pâtes étirées en rubans à l'aspect de friandises sont enfin, après dessication dans les étuves, bottelées en paquets, et prêtes désormais pour les cartoucheries militaires.

Sévran, Vaujours et Livrv, les trois localités voisines, fournissent le personnel qui travaille a la poudrerie. Les soldats occupent la caserne continue à l'enceinte; les officiers trouvent un logement dans les petites villas disséminées en bordure des taillis. On pourrait se croire en villégiature dans ce décor champêtre, n'était la saison d'hiver et aussi la difficulté d'oublier notre rôle même un seul instant, rôle de surveillance d'un des organismes principaux de ]a défense nationale et l'angoisse nous prend devant l'insuffisance constatée de nos moyens de protection. Les zeppelins arrivent jusqu'à Paris, les avions ennemis croisent sur notre région, voisine du front; une bombe bien placée causerait des désastres terrifiants. Que pourraient, en effet, contre un ennemi déterminé les battes de quelques sentinelles espacées ça et là, alors surtout que la moitié des soldats de la compagnie de garde manoeuvrent dans les environs et ne pourraient prêter main-forte en temps opportun.
Or pas une mitrailleuse braquée vers le ciel, pas un canon en position, pas un artilleur pour assister les fantassins :Une vraie gageure ! Et pourtant le raid tout récent de nos avions sur la poudrerie de RothweH en Wurtemberg, poudrerie qu'ils ont fait sauter, pourrait amener des représailles.
L'officier de garde, responsable d'une catastrophe qu'il reste impuissant à conjurer, a connu là des moments d'angoisse.
Cependant l'attention avait été appelée sur ce danger permanent ; mais une réponse intervint qui calma les esprits en émoi « Le fort de Vaujours défend la poudrerie >>

page 60

Oui, le fort de Vaujours existe; mais il est en arrière de la poudrerie, singulière position pour parer à une attaque aérienne venant de l'avant et puis on oubliait ce détail de quelque intérêt les canons de Vaujours peuvent tirer dans toutes les directions sauf dans la direction de la poudrerie. Mais une réponse étant fournie, celà devait suffire ; on n'alla pas plus avant, et l'officier de garde put dormir tranquille désormais.

Devant nous sur la voie ferrée qui se dirige vers le nord, passent sans cesse des trains emportant des soldats, du matériel de guerre, des munitions. Un soir, passa sur des plateformes à découvert un convoi d'instruments aratoires, charrues, faucheuses et lieuses, qui s'en allaient vers l'intérieur. Jamais la vue de ces outils de travail en service dans nos champs ne produisit en nous pareille émotion ; à ce momentlà ils symbolisaient le travail utile, le calme des champs, la beauté des soirs, le foyer à la ferme, la paix en un mot ! Et des pourquoi, chargés d'angoisse, montèrent de nos coeurs. Il serait si bon de retourner a son foyer, si facile d'y reprendre de chères habitudes, d'y vivre désormais en paix avec ses voisins, mais il faudrait d'abord transformer le coeur mauvais de l'homme et qui pourra mener à bien cette oeuvre, que vingt siècles de christianisme ont à peine ébauchée ?

Le 21 mars 1915, le jour même où venait de se produire l'attaque des zeppelins sur Paris, nos trois bataillons de Courtry, Villeparisis et le Pin se formèrent en colonne qui prit la route de Claye-Souilly pour marcher sur Meaux où le régiment cantonnera  le même soir. Nous laissions une compagnie a la poudrerie de Sevran, un détachement à Coubron. et une section dans le fort de Vaujours ; était-ce pour marquer notre retour prochain dans la même région?
Nul ne le pensa. La route de Meaux est jalonnée de souvenirs de la bataille de la Marne Etrepilly, Germigny, Vareddes ne sont pas loin, et des tombes s'allongent le long de la route, monceaux de gloire sur des cendres.

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Les cavaliers Allemands apparurent à Meaux, sans y séjourner ; quelques ponts coupés sur la Marne et remplacés par des passerelles en bois témoignent de l'invasion. Notre régiment se loge dans le quartier de cavalerie, où des bottes de paille jetées sur les cailloux du sol donneront un repos très court car dès le matin suivant, la marche doit reprendre. Le temps de jeter un coup d'oeil sur la cathédrale de Meaux, intéressante surtout par le grand souvenir qui la remplit et voici déjà le soir, sans que les officiers, errant à travers la ville, aient trouvé un lieu d'asile, pour y prendre le repas.
Le lendemain la colonne arrive à Trilport le génie français a fait sauter le pont sur la Marne ; on nous montre au passage, l'endroit ou une automobile montée par deux officiers Allemands en éclaireurs, et qui croyaient  la route libre, chavira de nuit dans la Marne. Nous laissons à Trilport le 2ème bataillon et l'état major du régiment les deux autres bataillons poursuivent la marche pour cantonner l'un à Armentieres et Saint-Jean les Deux-Jumeaux, l'autre à Isle-Ies-Meldeuses.

En quittant la grand route de Château- Thierry, le chemin vers Armentières s'enfonce dans les bois de hêtres et de chênes, longe le coteau qui dévale à la Marne, côtoie un carré de sapins, pour descendre enfin sur Armentieres, terme momentané de notre course. les premières violettes apparaissent dans les mousses des bois « Une belles saison pour mourir dit un officier mélancotique : « on tombera sur un tapis de fleurs <<
Armentieres est un petit village aux bords de la Marne qui allonge dans la plaine ses replis sinueux. De Lizy-sur-Ourq
à Saint-Jean les Deux-Jumeaux, dans la boucle de la rivière, nos soldats reçoivent la mission de creuser des tranchées, toute une ligne continue, qui formera une défense avancée du camp de Paris. Enfin nous allons produire un travail utile.
Aussi nos soldats, sages réalistes, se mettent-ils à l'oeuvre avec ardeur.
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 MessagePosté le: Mer 24 Sep 2014 - 12:36 Répondre en citant  
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 MessagePosté le: Mer 24 Sep 2014 - 12:42 Répondre en citant  
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Mince elle est belle cette plaque, on dirait du SDR !
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 MessagePosté le: Mer 24 Sep 2014 - 12:46 Répondre en citant  
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  L'Isa
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n'est-ce pô Cool
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