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Histoire du CEA de Vaujours ou Jean Berger : la bombe "h" c'est moi !
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Histoire du CEA de Vaujours ou Jean Berger : la bombe "h" c'est moi !
 MessagePosté le: Mar 24 Mai 2011 - 09:47 Répondre en citant  
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  L'Isa
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Souvenirs d'un pionnier
de l'armement nucléaire français.

Par Pierre Billaud, physicien.




1957 - 2007. Il y a cinquante ans…



La France se préparait dans le secret à accéder au grade de puissance nucléaire.
Buchalet avait réorganisé le " Bureau d'études générales ", embryon de la future Direction des applications militaires du CEA, en nommant l'Ingénieur Parreins, venant de Brandt, directeur technique, et ce dernier m'avait pris comme adjoint, et chargé en fait de réfléchir au projet d'expérience envisagée.
Nos bureaux se situaient dans Paris, rue de Mondovi, près de la Concorde.

Le BEG comprenait en outre deux centres réunissant des services technologiques, l'un à Bruyères-le- Châtel, en banlieue sud éloignée, où se trouvaient la physique expérimentale, la physique mathématique (avec gros calculateurs), la chimie, et la métallurgie.

L'autre en banlieue nord-est, à Vaujours, (un ancien fort), abritant les techniciens de pyrotechnie, à base d'ingénieurs des poudres.

En 1957, nos idées sur la conception de l'engin à réaliser étaient des plus sommaires, car rien de précis n'avait encore été divulgué sur les engins étrangers, notamment le premier, américain, essayé en secret en juillet 1945 au Nouveau Mexique..

Nous savions que l'utilisation de plutonium comme matière fissile imposait un rapprochement très rapide, nécessitant une implosion par explosifs chimiques performants.
Les équipes de Vaujours travaillaient sur ce domaine scientifique.
Ces ingénieurs partaient du fait que le dispositif métallique central serait concentré par une masse explosive sphérique périphérique, qu'il fallait amorcer simultanément sur sa surface extérieure.
A cet effet, ils recherchaient une solution de générateur d'onde de détonation sphérique centripète (GODSC) capable, à partir d'un détonateur primaire, d'engendrer une onde creuse couvrant une portion de la surface extérieure de l'explosif principal, et en juxtaposant plusieurs dispositifs semblables de couvrir la totalité de la surface.
Il suffirait alors d'amorcer les détonateurs primaires simultanément.
De nombreux problèmes restaient à résoudre, qui le furent élégamment par les camarades de Vaujours.
Nous nous attarderons sur l'un d'eux, concernant le GODSC.
Pour obtenir une onde creuse de surface appréciable (disons de plusieurs décimètres carrés), nos spécialistes imaginèrent d'associer une coque extérieure en explosif rapide, à un chargement interne d'explosif plus lent, la forme affectant celle d'un téton pointu de révolution, et amorcé en pointe par un détonateur classique.
La difficulté principale rencontrée concernait la composition à vitesse faible, dite " explosif lent ", qui devait obéir à plusieurs conditions, certaines contradictoires. Pour que le GODSC ne soit pas exagérément pointu (encombrement et fragilité), le rapport des vitesses lent/rapide devait être le plus faible possible.
C'est André Cachin qui inventa une solution satisfaisante à tous égards.
Grâce à cette trouvaille, nos " implosoirs " des premiers engins tirés à Reggane se révélèrent excellents et très efficaces.
Ce fut la première importante percée conceptuelle.





La seconde percée concerne la source neutronique, appelée à l'époque " amorce ".
En fin d'implosion, le cœur de Pu est rassemblé et surcritique (si l'on a prévu une masse suffisante), et doit recevoir à ce moment une injection de neutrons pour amorcer les chaînes de fissions.
Nous savions, ou présumions que les premiers engins des autres nations comportaient une source (alpha-n) combinant à l'instant propice du Polonium et du Béryllium, selon un agencement adéquat placé au centre de l'engin, dans la cavité du plutonium initialement en géométrie sous-critique.
Alors que les autres parties de notre engin se trouvaient définies, ou en voie de l'être, le problème de l'amorce ne trouvait pas de solution satisfaisante.
Je tenais Buchalet informé de cette difficulté en 1957 et 1958.
Un jour, nous reçûmes une proposition de nos collègues de la DEFA (direction des études et fabrications d'armement) de nous fournir une source adéquate, dont ils poursuivaient la mise au point, avec une excellente perspective de réussite.
Rappelons ici que la DEFA avait été dès l'origine des projets nucléaires militaires français, candidate à l'étude et la réalisation des armes nucléaires, en concurrence avec le CEA, et n'avait pas voulu intégrer le BEG, travaillant à un projet " maison " de leur côté, installés dans l'ancienne batterie de Limeil.
Ils avaient appris par leurs contacts au niveau du gouvernement que le CEA piétinait sur le problème de l'amorce.
Leur projet différait complètement du nôtre.
Il reposait sur un générateur de neutrons de type accélérateur, mettant en œuvre la réaction deutérieum-tritium sous la forme d'un tube à décharge à haute tension.
Des articles avaient paru dans la littérature scientifique décrivant de tels dispositifs destinés aux recherches pétrolières.
Ce générateur serait placé à l'extérieur de l'engin, à distance suffisante pour ne pas être détruit par les effets extérieurs de l'implosion avant d'avoir craché ses neutrons.
Il devait en émettre une bouffée assez concentrée dans le temps et assez importante pour que les quelques neutrons indispensables parviennent jusqu'au cœur de Pu.
Vu les compétences de l'équipe de Limeil, que je connaissais un peu, il ne faisait pour moi aucun doute que ce projet était sérieux et convenable pour l'amorçage de notre engin.
Aussi je recommandais avec insistance à Buchalet d'accepter cette offre providentielle.
Mais nous étions conscients de la complication importante qui en résulterait, à savoir l'adjonction à l'ensemble déjà prévu d'un dispositif électronique devant donner l'ordre à la source de fonctionner, à un instant précis à déterminer, nettement postérieur à la mise à feu de l'implosoir.
Avec une source interne, dont le fonctionnement aurait été asservi à la concentration du Pu, ce problème de timing n'existait pas.

Pierre Busquet, maître du déclenchement de l'engin, en faisait son affaire.
Sur le moment, nous n'étions pas conscients d'un avantage décisif de ce choix de source, avantage qui allait apparaître un peu plus tard et qui permit d'atteindre une énergie bien plus forte que ce qu'avaient obtenu les autres.

Les principaux auteurs de cette innovation furent Paul Bonnet, directeur des équipes de Limeil, qui avait imaginé une solution de source neutronique externe, et André Chaudière, qui mit au point et fabriqua avec son équipe les premières sources utilisées à Reggane.






La troisième percée conceptuelle m'incombe entièrement.

Tout est parti d'un fait en apparence insignifiant, un cliché d'oscillographe vu par Busquet chez Edgerton à Las Vegas.

Suite à la mission Aurore, Busquet négociait au printemps 1958 l'achat d'oscillographes ultra-rapides nécessaires au diagnostic des engins (mesure en cours de réaction en chaîne du coefficient de la montée exponentielle initiale des réactions, dit " alpha ").

La valeur observée était trois ou quatre fois supérieure à nos prévisions, donc inconcevable sur la base des hypothèses de fonctionnement de notre engin.
Busquet affirmait qu'il s'agissait bien d'une mesure réelle, et non d'une simulation.
Suite à cette information, mes réflexions m'amenèrent à une conclusion incontournable et surprenante :

à savoir la possibilité d'une augmentation de densité considérable du Pu, deux ou trois fois la valeur au repos.
L'effet sur l'engin devait être alors énorme, la masse critique contractée et l'alpha croissant avec la densité.
Partant par exemple d'une masse de Pu supérieure à la valeur critique, une compression doublant la densité conduirait à se retrouver avec plus de quatre masses critiques, et un alpha très majoré, déterminant alors une hausse spectaculaire du rendement de réaction.

Je soumis cette hypothèse à l'ensemble des scientifiques de la DAM, sans autre remarque que celle des gens de Vaujours, qui la trouvèrent naturelle et acceptable.
Tous les calculs prévisionnels s'orientèrent sur la nouvelle conception, notamment à Vaujours, où Jean Berger, chef du service Théorie dû mettre en œuvre des équations d'état du Pu nouvelles et imaginées par analogie avec des métaux connus.
Une conséquence majeure de ce changement de conception apparut aussitôt.
Avec la masse fissile initialement fixée, une forte compression du Pu conduirait avec certitude à une énergie dépassant du point de vue de la sécurité (retombées proches) les possibilités du dispositif de tir, qui prévoyait de placer l'engin au sommet d'une tour métallique de cent mètres.
Les préparatifs à Reggane étaient trop avancés pour que l'on puisse envisager de changer le mode de tir en recourant à une suspension sous ballon captif, ce qui aurait permis d'augmenter l'altitude de l'explosion à volonté.
Il aurait fallu retarder sensiblement la date présumée du tir, alors que le nouveau gouvernement dirigé par le Général de Gaulle demandait que l'on vise le début de l'année 1960.

La seule solution de la difficulté consistait à diminuer l'énergie, et par conséquent réduire sensiblement la masse de Pu utilisée.

Il était exclu, étant donné notre maîtrise encore insuffisante des prévisions théoriques, de jouer sur l'instant d'injection des neutrons, avec un risque important de raté.
Je préconisai donc une réduction sensible de la masse de Pu à utiliser.
Cette décision rencontra quelques réticences, mais fut acceptée dans l'ensemble des services concernés.
Cette modification importante du projet d'engin aurait pu se répercuter sur les autres parties, tamper, implosoir.
Les définitions précédemment adoptées dans ces deux domaines devenaient nettement surabondantes, mais leur maintien ne semblait pas préjudiciable aux performances, et l'on se contenta d'adapter l'architecture métallique intérieure à la nouvelle masse fissile.
Intuitivement, on situait le maximum de réactivité (alpha max) au voisinage du minimum du rayon extérieur du Pu, nettement postérieur à la résorption de la cavité centrale.
Ainsi apparut l'immense avantage du choix d'une source neutronique externe, dont le déclenchement était physiquement indépendant des phénomènes affectant le centre de l'engin.
Il est nécessaire de faire observer qu'au moment des décisions de définition de l'engin, nous ne disposions pas encore de prévisions d'énergie par calcul.
En revanche, les données neutroniques établies par la physique math de Bruyères, à partir des prévisions hydrodynamiques fournies par Vauljours semblaient fiables.
Elles suffisaient pour juger de la réactivité nucléaire, et par là de pouvoir affirmer que l'engin fonctionnerait convenablement, et dégagerait une énergie appréciable, au moins comparable à celles des exemples étrangers connus.
L'expérience réelle confirma ces pronostics, et même les dépassa, sans outrepasser cependant les limites de sécurité du dispositif de tir.



Les trois innovations décrites précédemment, qui ont permis le grand succès de la première expérience nucléaire française, ne doivent pratiquement rien à une aide étrangère quelconque.
En revanche, du point de vue des mesures physiques et chimiques elles aussi parfaitement réussies, l'aide américaine a été déterminante.
La déclassification complète de l'engin de Trinity, première explosion nucléaire mondiale, dans le Nouveau Mexique, en juillet 1945, nous permet de mesurer les importants progrès de notre propre conception.



Comme on peut le voir sur le dessin ci-dessus, extrait de l'ouvrage de Richard Rhodes The Making of the Ayomic Bomb, l'engin de Trinity était un assemblage de blocs explosifs (au nombre de 32) de forme pyramidale tronquée, d'un volume comparable à celui d'une batterie d'auto, juxtaposés autour d'une sphère intérieure en uranium naturel entourant le cœur de Pu.
Le cœur était solidaire d'une partie du tamper et de plusieurs blocs explosifs, permettant une extraction du cœur ou sa mise en place avant le tir.
Il était prévu de fabriquer en même temps un deuxième exemplaire de cet engin, modifié en conséquence, destiné à une prochaine attaque sur le Japon, ce qui explique probablement cette complication mécanique.
Une source neutronique interne (initiator) est disposée dans le cœur de Pu affectant la forme d'une sphère creuse.
On peut noter que l'explosif lent des générateurs d'onde centripète est du baratol (sauf erreur mélange de TNT et de poudre de baryum), dont la vitesse de détonation est inférieure à celle de l'explosif rapide mais pas d'un facteur important.
D'où probablement une sphéricité imparfaite de l'onde, justifiant le nombre élevé de GODSC (32).
L'intention d'un emploi militaire à bref délai a pu imposer une forme extérieure sphérique, mieux adaptée à un gainage en acier pour le transport.
Notre engin avait un nombre de GODSC nettement inférieur à 32, et la forme extérieure épousait les protubérances des GODSC, un gainage général en résine armée de fibres de verre assurant la protection mécanique du système.
L'engin pouvait s'ouvrir de manière simple pour mettre ou enlever le cœur protégé par une gaine d'uranium.
D'après Yves Rocard le rendement de fission de notre engin, le 13 février 1960 aurait atteint 50%, chiffre quelque peu exagéré.

Notre rendement fut néanmoins considérablement supérieur à la performance américaine.
En effet, sachant que la masse de Pu de Trinity (déclassée et publiée officiellement) était de 6,2 Kg environ, et connaissant l'énergie du tir, soit 19 Kt, on en déduit un rendement de fission de 17,5%.
Notre performance a surpris les atomistes américains, qui, postés en Lybie ont surveillé et analysé le nuage.
Certains ont même cru que nous avions mis en œuvre une exaltation des fissions par tritium.
Notre coup de génie a été le recours à une source neutronique externe.


En conclusion, la France s'est introduite dans le club atomique par une expérience surclassant nettement les débuts analogues des Américains, des Russes et des Anglais, et cela par ses propres moyens.
C'est à juste titre que les ingénieurs et techniciens, de toutes provenances universitaires, qui ont œuvré à ce succès, ont été félicités par le Général de Gaulle, le 13 février 1960.

Pierre Billaud, juin 2007


Témoins majeurs :

Les principales personnes ayant contribué directement aux avancées techniques décisives de la bombe A française, sont, outre le présent auteur, Pierre Billaud :

André Cachin
Paul Bonnet
André Chaudière
Pierre Busquet


Références :

Allocution du Gal BUCHALET
Engin M1
Richard Rhodes :
"The making of the atomic bomb"
Simon and Schuster inc, New York (1986).


"la bombe h, c'est moi !" le livre à l'origine d'apparence mystérieuse, écrit par Jean Berger, exige quelques explications et commentaires préalables.
Il a été écrit après son éviction en 1970 par Jean Viard de la direction du centre de Limeil, comme une sorte de revanche personnelle à l'égard de Viard.

Ce dernier prit très mal la publication en librairie de l'ouvrage et obtint le renvoi de Berger du CEA et sa remise à disposition de la Défense.

Le nom d'auteur "GIANGI" est probablement la contraction de Jean, prénom de Berger, et de Giovanelli, patronyme de sa secrétaire très dévouée qui a dû se charger de la dactylographie et peut-être des relations avec l'éditeur.

La lecture de cet ouvrage laisse une impression pénible d'intemporalité en raison de l'absence de repères explicites de temps et de lieux.
L'utilisation de pseudonymes parfois très bizarres pour les principaux protagonistes du récit rend ce dernier totalement incompréhensible pour tout lecteur extérieur à la DAM, et même difficile à interpréter pour beaucoup d'atomistes n'ayant pas vécu personnellement certains des événements évoqués.
En outre l'auteur a commis plusieurs erreurs de chronologie qui obscurcissent encore plus la narration.

Pour toutes ces raisons la valeur historique de ce document est très faible.

Nous le présentons cependant ici parce qu'il constitue un témoignage non négligeable d'un acteur marquant de la DAM à une époque cruciale, et d'autre part qu'il est rigoureusement introuvable en librairie.

A noter tout de même que ce livre confirme nettement le rôle clé de "Carayol"(Restanc) dans la résolution du problème H, et fournit une appréciation dans l'ensemble très négative des activités de "Dautray" (Saint-Just) à la DAM.

Jean BERGER est mort subitement le 2 juillet 1976, d'un accident cardiaque ou vasculaire, à son domicile.

Principaux personnages intervenant dans le livre :

Sebbane, alias Viard.

Jef Mossedian, alias Jacques Robert.

Wallez, alias Billaud.

Benamouche, alias Belayche.

Nelfi, alias Nelson.

Restanc, alias Carayol.

Saint-Just, alias Dautray.


Précisions circonstancielles :
--Le chapitre VAILLE QUE VAILLE se situe au Centre de Vaujours, où Berger dirigeait le Service "Théorie".


Note de présentation de Pierre BILLAUD.
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"Et si le bobo enrichi était plus nocif que l'uranium appauvri ?"


Dernière édition par L'Isa le Sam 4 Juin 2011 - 12:34; édité 10 fois
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 MessagePosté le: Mar 24 Mai 2011 - 09:47  
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Histoire du CEA de Vaujours ou Jean Berger : la bombe "h" c'est moi !
 MessagePosté le: Mar 24 Mai 2011 - 10:02 Répondre en citant  
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  L'Isa
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VAILLE QUE VAILLE

La route montait sur la colline en longeant les prés ; la côte n'était pas bien longue mais assez raide et en mauvais état : par endroit le bitume était soulevé et les pierres apparaissaient.
Pour ménager les pneus et les amortisseurs, il fallait orienter la voiture tantôt sur la droite tantôt sur la gauche de la chaussée ;
heureusement, peu de risque de se trouver vis-à-vis d'un véhicule descendant ; le plateau était désert et les parages peu fréquentés.

Mon compagnon de route était un homme jeune, de trente ans tout au plus ;
l'autocar l'avait déposé au café du village, en bas, dans la plaine, et il cherchait un moyen de parvenir jusqu'au fort.

Je l'avais embarqué avec mes cigarettes de la semaine.

- Je suis convoqué à la suite d'une offre d'emploi.

- Eh bien vous ne serez pas en retard. La voiture de service vous aurait monté, mais un peu plus tard.

- Que fait-on au fort ?

- Vous savez un peu de tout, de la physique, de l'électronique, de la chimie... vous aurez 1a possibilité de faire un choix.

Nous étions arrivés sur la crête de la colline ; à peine deux kilomètres nous séparaient maintenant du fort et la route serpentait entre des murailles de taillis et de sapins rabougris ;
les cantonniers auraient du travail pour nettoyer les bas-côtés.

- Je veux dire, pourquoi a-t-on monté un laboratoire dans ce coin perdu ?

Nous y étions : cette course à travers la campagne pour retrouver les oscillographes ou les éprouvettes qu'il avait connus dans sa faculté lui paraissait insolite.
Il avait besoin d'une explication : autant satisfaire sa curiosité.

- Bien sûr. Nous travaillons pour le sous-marin atomique…

La réponse convenue était faite : s'il venait parmi nous, mon voyageur aurait toujours le temps de découvrir notre activité réelle.

Peut-être même se poserait-il des questions avant !
Une explosion sourde venait de saluer notre arrivée au poste d'entrée.
Je l'abandonnai devant la baraque du contrôle, l'air étonné, les pieds dans la boue de la piste.
D'un signe, je demandai au gardien de s'en occuper, tandis que je démarrai en direction des bâtiments.

Du préfabriqué tout neuf mais déjà branlant : des portes mal jointes dont les montants travaillent, des gaines de chauffage laissant des traînées de poussière aux angles des couloirs, des dalles de gerflex oscillant sous la cadence des pas et le bureau de la secrétaire du directeur, si petit qu'il fallait pousser sa chaise pour ouvrir la porte.

Tout autour, la terre fraîchement remuée, fécondée par la neige de l'hiver et émaillée de touffes de chiendent, de marguerites et de pissenlits.

Au bout de la piste, le château d'eau dressait orgueilleusement sa cuve cylindrique à trente mètres au-dessus des baraques :

lorsqu'il avait été achevé, j'avais gravi son échelle de fer, toute droite, jusqu'à la rotonde supérieure d'où la vue dominait les deux vallées à vingt kilomètres à la ronde.
Ce n'est pas par hasard que nos aïeux avaient choisi ce site pour y installer des batteries de défense, à grand renfort de terrassements et de galeries souterraines.

Le couloir du bâtiment où se trouvaient mon bureau et ceux de mes principaux collaborateurs était déjà en pleine animation.
J'allais déposer ma serviette et mon manteau et me joignis au groupe.

- Bonjour Fuvet, bonjour Rouf, bonjour tout le monde, que se passe-t-il de si bonne heure ?

- Rien de bien grave. Nous rions encore du plongeon que Fifille a dû faire sur le plancher du petit car de service.

- Un accident ?

- Non, rien de tel. Mais vous lui aviez si bien recommandé de ne pas avouer son nouvel emploi au directeur de la fabrique quand elle l'a quittée que....

- Oui c'est vrai. Autant éviter les questions et les ennuis si on peut.

- Eh bien, ce matin, le petit car s'est arrêté juste â côté du directeur de la fabrique, au croisement des quatre routes. Alors Fifille a piqué une tête de son siège pour ne pas se faire repérer ! Nous en étions tous suffoqués.

- Bravo Fifille ! Et vous croyez qu'il l'a vue ? De toutes manières, il faudra bien qu'il l'apprenne un jour. Nous verrons bien. Maintenant au travail.

Nous avions de quoi nous occuper en effet ; les problèmes que nous traitions n'étaient pas de ceux dont on peut discuter à droite ou à gauche au hasard des rencontres.
Bon nombre d'intellectuels étaient hostiles à toute allusion un peu directe touchant les questions atomiques.
La littérature scientifique n'était pas très bavarde non plus et les articles de vulgarisation ne donnaient que des renseignements vagues et probablement en grande partie erronés.
Notre travail consistait à ouvrir des voies pour s'acheminer le plus tôt possible vers des réalisations concrètes : une entreprise de pionniers en quelque sorte.

***

Mon collègue Sebbane (Jean Viard) venait d'entrer dans mon bureau, la pipe entre les dents, expirant fortement après avoir forcé la porte coincée sur son dormant.
Tout rond, l'air bonhomme, il apportait en tout une sorte de placidité pleine d'un bon sens viscéral et redoutable.
Il était responsable de tout le domaine expérimental et y manifestait une compétence indiscutable jointe à une ambition contenue qui le poussait parfois à déborder de son champ d'action pour tâter de celui des autres ;
jusqu'à présent, cependant, tout s'était réglé en parfaite harmonie.

- J'ai lu l'article de cet Américain ; y aurait-il quelque chose à en tirer ?

- Je ne sais pas. Cela paraît séduisant à première vue mais, si vraiment sa théorie est aussi générale qu'il le dit, il est étonnant que les services de sécurité américains aient laissé publier son papier.

- Nous pourrions peut-être entreprendre quelques vérifications.

Nous voilà donc embarqués dans une nouvelle étude ; des montages en perspective, des mesures au champ de tir, puis des exploitations de résultats et des calculs pour vérifier cette théorie.
Dans combien de temps aurions-nous une opinion ?

- Je vais mettre un bon ingénieur sur la question ; cela vaut sans doute la peine, même s'il faut lâcher une autre étude.
Fifille fera l'affaire : avec elle pas de risque d'erreurs de calcul. Allons lui expliquer le topo.

Une petite heure de discussion technique pour mettre au point un plan minimum d'expérimentation que nous voudrions démonstratif.
Pourtant, les réponses ne sont pas toujours aussi simples ; oui ou non c'est bien commode, mais il est rare que l'on aboutisse à une telle conclusion sans des mois et des mois d'effort.
N'allions-nous pas perdre notre temps sur un sujet pourri, une sorte de baudruche inconsistante lancée en pâture pour nous dérouter du chemin direct ?
Mon compagnon de route du matin m'attendait à la porte de mon bureau.

- Alors, vous avez fait affaire avec le service du personnel ?

- Oui, oui, de ce côté pas de problème. Mais je voudrais savoir quel va être mon travail, enfin, de quoi j'aurai à m'occuper et pourquoi... On entend beaucoup de bruits d'explosions...

- Ne vous inquiétez pas pour ces bruits ; on s'y habitue très bien : si vous venez travailler ici, je vous donne huit jours pour ne plus vous rendre compte de l'existence de ces explosions, au point que vous sortirez le soir sans savoir si l'on a tiré dans la journée.

- Oui mais à quoi servent ces tirs ?

- Vous touchez là un point que je ne saurais vous expliquer en détail.
Disons que nous travaillons pour l'armement et que vous pourriez y avoir quelque scrupule ; c'est à vous de décider, bien entendu.
Laissez-moi cependant ajouter que beaucoup de gens travaillent pour l'armement d'une manière ou de l'autre, par exemple en fournissant des battle- dress aux conscrits.
Peu, cependant, ont le privilège de mettre leurs capacités au service d'une entreprise aussi exaltante que celle que vous pouvez vivre.

Le visiteur ne pose plus de question ; il a compris, il se décide.
Quelques détails encore à régler,

Midi. De petits groupes s'affairent vers la cantine sous un soleil déjà chaud ; les prés et les bois fument sur la pente et dans la vallée, crachant l'humidité de la nuit.
Une odeur alléchante fait hâter le pas aux retardataires : le cuisinier aura fait des prodiges encore aujourd'hui.
Il faut le voir s'époumoner autour de ses fourneaux en houspillant les serveuses de peur de n'être pas prêt à temps ;
nous étions quarante il y a quelques mois et nous ne sommes pas loin de la centaine.
Il n'a plus la possibilité de nous choyer comme avant, mais il tient à sa réputation de cordon bleu.

- Alors, Rouf, la planche à dessin vous donne de l'appétit ?

- Une indigestion plutôt. Trois semaines ou un mois pour faire un tracé, le ventre coupé en deux par cette maudite planche, la règle à calcul d'une main, le crayon de l'autre et la gomme entre les dents. Et puis, quand c'est fini, vous dites " très bien ", vous changez l'épaisseur d'uranium et en avant pour une nouvelle séance d'exercice !

- Cela vous empêche de grossir, provisoirement. Tenez le coup jusqu'à l'arrivée du calculateur électronique, Au lieu de petits traits sur la planche, vous pourrez faire des petits trous dans les cartes perforées : une vraie promotion pour vous....

Nous venions en effet de sortir d'un coup de la période héroïque : la première explosion atomique venait de consacrer une suite de travaux menés à la diable, avec des moyens rudimentaires, sans autre recours que la foi que nous pouvions avoir dans la la réussite.

C'en était fait, une page était tournée que, seuls, les anciens pouvaient encore savourer et que les jeunes ne connaîtraient jamais.

Le calculateur était arrivé quelques mois plus tard ; c'était une machine rudimentaire, lente et de faible capacité mais, déjà, elle imposait sa loi :

il lui fallait un local spécial à atmosphère régulée, son alimentation particulière en courant électrique stabilisé, une petite équipe de serviteurs dévoués pour lui apporter sa pitance quotidienne.
Elle digérait avec un sifflement continu de satisfaction et, par instants, aboyait ses ordres dans un vacarme de marteaux imprimeurs et de papier vomi spasmodiquement.
Déjà, une sorte de clivage s'opérait entre les physiciens pour qui la machine n'était qu'un instrument, une sorte de super règle à calcul, et les programmeurs qui se passionnaient pour le fonctionnement de cet instrument et sa logique propre.
Un langage nouveau se créait autour de cette logique avec ses mots d'importation obligeant à converser en un dialecte mal assimilé.

Puis, la machine rudimentaire s'était muée en véritable ordinateur au comportement encore plus tyrannique.
Lui, avait réclamé son bâtiment, sa salle à température et humidité contrôlées et ses bataillons d'esclaves.
Maintenant, il fallait des mathématiciens pour transcrire la pensée des physiciens en langage assimilable par l'ordinateur, une légion de programmeurs pour lui dicter ses règles de comportement et des opérateurs pour veiller à son bon fonctionnement.
Etant donné son prix, on ne pouvait laisser aucun repos à sa prodigieuse mémoire ; il fallait en tirer le maximum de rendement et la faire travailler jour et nuit.
Des rythmes nouveaux s'imposaient donc progressivement à tous ceux qui, de près ou de loin, se trouvaient concernés par son activité.
Mon groupe de recherche s'était considérablement étoffé, d'une part pour l'exploitation des ordinateurs, mais aussi pour l'appréhension de nouveaux sujets d'études.
Un certain nombre d'entre eux ne touchaient que de très loin les questions d'armement atomique et permettaient aux jeunes chercheurs de publier, de se faire connaître dans le monde scientifique, de participer à des colloques ou des congrès internationaux.
Plusieurs thèses de doctorat étaient en chantier et quelques-unes aboutirent à une soutenance avant le décès de mon vieux maître, professeur à la Faculté des Sciences, qui savait si bien encourager ses élèves et comprendre à demi mot les difficultés d'expression que notre métier pouvait parfois nous imposer.
Le jour de mon anniversaire, j'eu près de cent personnes autour de moi pour me souhaiter longue vie et prospérité, ingénieurs, chercheurs, programmeurs, secrétaires, agents techniques, opérateurs et manœuvres.
Le groupe paraissait plein de vie, de dynamisme et d'avenir et pourtant la fin de son existence s'inscrivait déjà dans le livre de sa destinée.
Trop de jalousies rôdaient autour de cette sorte de communion spontanée pour que ces forces de destruction ne viennent pas un jour à bout de ce qu'elles appelaient déjà le clan.
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A propos de Pierre Billaud.


Pierre Billaud est un des physiciens-pionniers du cea de Vaujours.

Il a formé Thèrèse Camion, toute jeune polytechnicienne, morte très jeune.
Une des salles du bâtiment "z" porte encore aujourd'hui, malgré l'abandon et l'oubli, son nom.

Le Centre d'études de Vaujours, comme on l'appelait alors, est créé le 3 juin 1955 pour effectuer toutes études sur les poudres et explosifs utiles à la réalisation d'armes nucléaires.
Les fondateurs du centre qui dépend du cea et de la direction des poudres de l'armée, sont Georges Barguillet, Jean Berger (auteur de l'ouvrage "la bombe H c'est moi" André Cachin et Jean Viard (une autre salle du bâtiment de la direction du cea porte son nom.

En 1956 les premiers bâtiments sortent de terre, bureaux ateliers laboratoires.
en mars 1958 le PEM (polygone d'essais de Moronvilliers) est choisi par Jean Viard pour tester les armes...

Il faut attendre septembre 1958 pour que soit créée la DAM (direction des applications militaires.

La présence du CEA/DAM dans et autour du fort de Vaujours aura duré plus de 42 ans, de juin 1955 à décembre 1997.

Vaujours c'est autant d'efforts déployés, de succès éclatants et d'échecs douloureux, du bonheur pour beaucoup et du malheur pour certains...
De la vie somme toute......

Pierre Billaud est arrivé au CEV en 1959, il va exercer dans le service Théorie dirigé par Jean Berger.
Thèrèse Camion sera responsable de la section mécanique du service.

Le service ne compte alors que vingt agents.

Jean Viard est chef du service Physique et André Cachin chef du service Engins.

Le 13 février 1960 c'est le tir de la Gerboise Bleue à Reggane, la France selon les voeux du Général De Gaulle a accès au statut de puissance nucléaire.

Courant février 1962, révolution pour les professionnels qui font des calculs : l'ordinateur GAMMA 60 de BULL est mis en service.
Comparé aux moyens informatiques d'aujourd'hui c'est dérisoire, mais à l'époque ce fut une révolution pour Vaujours.


Le 7 février 1963, le général De Gaulle président de la République, rendi visite au centre accompagné de Georges Pompidou, futur président et premier ministre, ainsi que de Gaston Palewski, ministre de la Recherche.


C'est courant 1966 que tous les bâtiments du site sont terminés, le centre a alors son aspect actuel (abstraction faite des vandalisations ayant cours depuis avril 2009.....)

En 1968 l'ordinateur CDC 3300 est installé au bâtiment z, en janvier.

1970 marque l'inauguration du canon à gaz léger (CAGL) énorme lanceur permettant d'atteindre des centaines de kilobars dans des matériaux dont on étudie les équations d'état.

En 1974 le service ME accueille en fin d'année le générateur de radiographie éclair GREC, implanté au PEM.

En mars 1977 le département explosif disparait mais deux départements sont créés à Vaujours :
- département ingénieries et expérimentations froides (DIEF) dirigé par Marc Launnois, futur directeur du centre.
- Département études et fabrication d'explosifs (DEFX) dirigé par Serge Poulard.

1978 : Mise en service de l'ordinateur CDC6600

1983 : Arrivée du premier ordinateur CRAY, le CRAY 1S, au bâtiment "z".

1985 : l'installation d'enrobage de l'explosif TATB est mise en service

1986 : la mission pyrotechnique est transfèrée au Ripault.
La même année la réorganisation de la DAM assigne désormais au centre de Vaujours :
les missions de conception des engins à fission,
à détonique
et l'architecture des engins expérimentaux.

En 1988 fin des activités de conception et fabrication d'explosifs, puisque ces domaines sont transfèrés au Ripault.

1990 : installation du CRAY XMP 416 au bâtiment "z".

1991 : début des études de simulations dans le cadre du projet PALEN, lancement du projet d'accèlérateur à induction de radiographie pour imagerie X = AIRIX.

1992 : décision présidentielle d'arrêt des essais nucléaires.

1993 : inauguration de l'ESCOM (espace de communication) dans le casernement de la batterie sud.

1994 : installation du CRAY YMP 8.128 au bâtiment z

1995 : reprise des essais nucléaires... toutes les équipes sont très sollicitées pour la préparation de cette ultime campagne de fin 95/début96.

(copie courrier du directeur du cea sera publiée ultérieurement sur le site)

le 23 juin le centre fête ses 40 ans en présence de 1300 personnes dont de nombreuses personnalités politiques locales, Yves Duteil maire d'une commune voisine, fera un tour de chant pour l'occasion........

sources : Pierre Billaud et archives CEA.
à suivre..........
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vue aérienne du CEA de Vaujours, 1996.
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le général de Gaulle en visite au CEA, avec le ministre de la recherche, entre autre.
7 février 1963.
Il quittera le repas avant le dessert, car il avait rendez-vous avec le Président Léopold Sangor.
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Superbe les infos et historique !
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Aujourd'hui j'ai décidé de vous parler du bâtiment CR, souvenez vous :



les "baroudeurs" se souviennent que ce bâtiment se trouve à l'angle sud-ouest de la partie "soutien", juste en arrière sud-ouest de la batterie sud.
En bordure de la route stratégique.
Ce bâtiment nous avait posé mille questions, à cause de son agencement et particulièrement celui de son sous-sol.
Aujourd'hui je peux enfin comprendre à quelles fins était destiné ce mystérieux bâtiment.

 


la signification du nom du bâtiment est : Chimie sous Rayonnement......

Deux accidents se sont produits dans ce bâtiment, l'un en 1968 et l'autre au milieu des années soixante-dix;
Ces deux accidents ont fait des blessés legers.

Le bâtiment CR en images :
  


le sous-sol de ce bâtiment ressemble, pour le profane, à une sorte d'antre de Frankenstein :

 






un monte charge descendait des produits dans ce sous-sol, la pièce juste au-dessus communiquait par des machineries dont les tuyaux descendaient dans d'autres machineries installées dans ce sous-sol.
la pièce du dessus, très vaste était sous contrôle continu de la pression.



En résumé (Hal complètera ) le bâtiment CR portait bien son nom grâce en particulier aux travaux de Christian Michaud, pour ne citer que lui, car pour les besoins du CESTA qui cherchait à savoir comment la molécule d'hexogène se coupait lors de sa décomposition, Christian Michaud et son équipe ont, au bâtiment CR,  effectué la synthèse de cette molécule, marquée par du DEUTÉRIUM, de l'AZOTE 15 et du CARBONE 14, c'est donc grâce au CARBONE 14 que le nom du bâtiment Chimie sous Rayonnement trouvait sa justification.

Témoignage de Christian Michaud :
"les synthèses conduisaient parfois à des intermédiaires instables, comme en cette année 1968 quand une explosion brutale fit trembler tout notre bâtiment CR et ses occupants !
Aucun blessé sauf moi-même : des dizaines d'éclats de verre dans le dos et les jambes et des sifflements d'oreilles intenses, toujours présents tant d'années après !"
Le bâtiment CR était donc dédié à la synthèse de molécules afin de determiner lesquelles étaient stables ou instables.
Ces pionniers pratiquaient ce qu'ils appelaient la "chimie acrobatique" et se qualifiaient eux-même de "kamikazes"......

à suivre !      

 
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Toujours dans la zone sud-ouest de la zone "soutien" se trouvait la zone à accès réglementé dîte "zone pyrotechnique".

Cette zone comportait des ateliers et alvéoles de stockages et mises en oeuvre de produits instables.
Bâtiments merlonnés, toiture lègère, sol en asphalte, accès par chicane, tels étaient les configurations pour obtenir l'étanchéité maximum en cas d'accident.

L'un des premiers bâtiment, le BAT 43, fut construit en 1973/74 pour heberger un ATELIER DE PRÉPARATION ET FABRICATION SPÉCIALE (APFS1)
Le but étant d'appréhender les problèmes liés à l'enrobage en phase aqueuse avant le passage au stade industriel à la SNPE (poudrerie nationale de Sorgues).
Cet atelier permettait de produire 20 à 40 kilos d'enrobés par opération.
 

exemple d'accès par chicane, à un atelier de sèchage d'EP310 (explosif )

vue générale sur l'entrée sud de la zone pyro.

vestiges des portiques piétons à accès réglementé et contrôlé.


vestige tableau de contrôle d'opération de mise en oeuvre d'explosifs.

consignes de sécurité relatives au sèchage d'EP310 au bâtiment 42 dans le cadre de l'APFS2(second atelier de fabrication et préparation spéciale)

Le 29 mai 1985 des consignes  "PROVISOIRES" de sécurité étaient affichées sur les murs de l'alvéole (toujours affichées en 2009)

je mettrai en ligne cette note de service quand elle sera scannée.

 





les opérations de sèchage étaient commandées à distance et surveillées par caméras.



vestiges de consignes.
 





alvéole principale du bâtiment 42 (au sol, vestige de l'encastrage de la presse isostatique, je mettrai plus tard une photo d'époque, avec la presse)

le poste de contrôle, situé en dehors de l'alvéole.

couloir annexe de circulation

accès et sortie par chicane

structure maçonnée indépendante.

bâtiment 38


















à suivre...
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A Vaujours on développait des méthodes de "fluoration douce par le CIO3F (DIOXYDE DE CHLORE/FLUOR CHLORYL) en contribuant à la connaissance de l'inversion de l'azote par RAISONNANCE MAGNÉTIQUE NUCLÉAIRE du FLUOR19 (l'azote ayant la propriété de se retourner comme un gant à une fréquence dépendant de la température, la RMN du Fluor19 permet d'étudier ce phénomène).
Il fallait dans le même temps comprendre POURQUOI UN EXPLOSIF EXPLOSAIT....
Deux chapelles s'opposaient :
Celle qui prônaient l'approche moléculaire.
Celle qui prônait la conception exclusive de l'existence de phénomènes macroscopiques.
Plus tard, les travaux de Robert Belmas, pour ne citer que lui, ont montré que ces deux approches n'étaient finalement pas contradictoires.

Jacques Lutfalla et Serge Poulard lancèrent et suivirent les travaux sur l'approche moléculaire.

A Vaujours l'une des voies choisie a été de synthétiser (illustration de la démarche systématique) toute une série de dérivés trinitrés et dinitrés du benzène en faisant varier la nature et le nombre de substituants afin d'examiner leur influence sur la sensibilité au choc.
Le premier RMN (appareil de raisonnance magnétique nucléaire) arriva à Vaujours en 1969.
C'était un monstre (photos à venir) fabriqué par VARIAN, dont l'aimant pesait......... DEUX TONNES........
Son tableau de bord ressemblait à celui d'un Boeing, sans informatique, bien entendu........

En s'inspirant des travaux de Pulman, les équipes du CEA de Vaujours ont recherché des relations entre la sensibilité au choc et la densité electronique autour du proton.
La RMN, avec plusieurs générations d'appareils, connut par la suite un développement important et joua un rôle determinant dans l'identification des composés organiques ainsi que dans l'étude des polymères solides et leur vieillissement.



La résonance magnétique nucléaire (RMN) désigne une propriété de certains noyaux atomiques possédant un spin nucléaire (par exemple 1H, 13C, 19F, 31P, 129Xe…), placés dans un champ magnétique. Lorsqu'ils sont soumis à un rayonnement électromagnétique (radiofréquence), le plus souvent appliqué sous forme d'impulsions, les noyaux atomiques peuvent absorber l'énergie du rayonnement puis la relâcher lors de la relaxation. L'énergie mise en jeu lors de ce phénomène de résonance correspond à une fréquence très précise, dépendant du champ magnétique et d'autres facteurs moléculaires. Ce phénomène permet donc l'observation des propriétés quantiques magnétiques des noyaux dans les phases gaz, liquide ou solide.
Le phénomène RMN est exploité par la spectroscopie de résonance magnétique nucléaire (Spectroscopie RMN), une technique utilisée par plusieurs disciplines : en physique et chimie (chimie organique, chimie inorganique, science des matériaux…) ou en biochimie (structure de molécules). Une extension sans doute plus connue dans le grand public est l'imagerie par résonance magnétique nucléaire (IRM)[note 1] utilisée en médecine, mais également en chimie. Récemment, le phénomène RMN a été utilisé dans la technique de microscopie à force de résonance magnétique (MRFM) pour obtenir des images à l'échelle nanométrique grâce à une détection mécanique. Cette technique combine les principes de l'imagerie par résonance magnétique et de la microscopie à force atomique (AFM).
Le phénomène RMN concerne le spin des noyaux atomiques. Un phénomène analogue existe aussi pour les électrons (à condition qu'ils ne soient pas appariés), c'est la résonance de spin électronique (ESR) aussi appelée résonance paramagnétique électronique (RPE). Il existe enfin un phénomène proche, mais qui se produit en l'absence de champ magnétique pour certains noyaux dit « quadripolaires » de spin supérieur à ½, la résonance quadripolaire nucléaire (RQN).




PLUS SIMPLE :








Résonance magnétique nucléaire


Spectromètre (Un spectromètre est un appareil de mesure permettant d'étudier de décomposer une quantité observée — un faisceau lumineux en spectroscopie, ou bien un mélange de molécules par exemple en spectrométrie de masse — en...).


La résonance magnétique nucléaire (La résonance magnétique nucléaire est une technique de spectroscopie appliquée aux particules ou ensembles de particules atomiques qui ont un spin nucléaire non nul.) est une technique de spectroscopie appliquée aux particules ou ensembles de particules atomiques qui ont un spin (Le spin est une propriété quantique intrinsèque associée à chaque particule, qui est caractéristique de la nature de la particule, au même titre que sa masse et sa charge électrique. Elle permet de caractériser le...) nucléaire (Le terme d'énergie nucléaire recouvre deux sens selon le contexte non nul.
C'est un phénomène par lequel un noyau de l'atome considéré absorbe les rayonnements électromagnétiques d'une fréquence (La fréquence est le nombre de fois qu'un phénomène périodique se reproduit pendant une durée déterminée. La fréquence est l'inverse (au sens mathématiques) de...) spécifique en présence d'un fort champ magnétique (En physique, le champ magnétique est une grandeur caractérisée par la donnée d'une intensité et d'une direction, définie en tout point de l'espace, et déterminée par la position et l'orientation...). Isidor Isaac (ISAAC est un algorithme capable de générer des nombres pseudo-aléatoires, tombé dans le domaine public en 1996. Son auteur, Bob Jenkins, l'a conçu de manière à ce qu'il soit assez sûr pour être utilisé en cryptographie. Cet algorithme...) Rabi a découvert ce phénomène en 1938. La résonance (Lorsqu'on abandonne un système stable préalablement écarté de sa position d'équilibre, il y retourne, généralement à travers des oscillations propres....) magnétique a été, par la suite, appliquée à la détection des atomes (Un atome (du grec ατομος, atomos, « que l'on ne peut diviser ») est la plus petite partie d'un corps simple pouvant se combiner...) légers tel que l'hydrogène.
Ses applications concernent la physique (La physique (du grec φυσικη) est étymologiquement la science de la nature. Son champ d'application actuel est néanmoins plus...), la chimie (La chimie est la science qui étudie la composition et les réactions de la matière.) et l'imagerie médicale.
   
 
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 MessagePosté le: Mer 29 Juin 2011 - 09:23 Répondre en citant  
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Grâce au premier spectromètre de RMN solide, et aux suivants (photos à venir) la course à la performance energétique laissera la place à la recherche d'explosifs stables vis-à-vis des agressions mécaniques et thermiques.
Les progrès rapides des concepteurs d'engins permettront ce changement radical.
Le TATB(explosif stable) s'imposait.
Les services passèrent à la synthèse de quelques grammes en laboratoire au kilo dans une installation pilote constituée d'énormes réacteurs en verre.........
Dans la zone "pyro" Jean-Claude Adenis, René Morin et Pierre Etienne, rodés à la "chimies délicate", revêtus de tenues de cosmonautes anti-acide, manipulaient entre autre,
des grands volumes d'OLÉUM fumant et d'ACIDE NITRIQUE rouge.......
Les délais très courts étaient TOUJOURS imposés aux équipes......
Hildebert Kerviel, François Dudragne et Antoine Le Du, sous la conduite de Guy Poulain, ont fait un énorme travail de formulation pour mettre au point un matériau riche en TATB, moulable et usinable.

De ce projet pilote une extrapolation conduisit à une installation capable de répondre aux besoins de la DAM (direction des applications militaires) pour la fabrication des armes...
Elle fut construite à la poudrerie de Sorgues.

En quelques années, cinq pour être exact, le service pyro passait donc de quelques grammes en labo à la réalisation d'une FORMULE EXPLOSIVE À LIANT PLASTIQUE UTILISÉ LORS DU PREMIER TIR NUCLÉAIRE AVEC DU TATB.....
C'est dans cette optique que sorti de terre le bâtiment (aujourd'hui abattu par le nouveau propriétaire) CG : GÉNIE CHIMIQUE.
  

il se trouvait entre le bâtiment CR et la chaufferie sud.

son annexe constituée d'alvéoles de stockages étanches se trouvait à l'arrière Est du bâtiment.









 
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 MessagePosté le: Mer 29 Juin 2011 - 09:42 Répondre en citant  
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Mais les activités ne se limitaient pas à la fabrication d'explosifs.
Les polymères rentraient aussi dans les préoccupations des équipes.


Un polymère (étymologie : du grec pollus, plusieurs, et meros, partie) est une substance composée de macromoléculeshttp://fr.wikipedia.org/wiki/Polym%C3%A8re#cite_note-glossaires-0.

Un polymère tridimensionnel est constitué d'une seule macromolécule qui se développe dans les trois directions de l'espacehttp://fr.wikipedia.org/wiki/Polym%C3%A8re#cite_note-1

cette macromolécule tridimensionnelle atteint des dimensions macroscopiques (exemple : un polymère phénoplaste).
Une macromolécule est une molécule de masse moléculaire élevée, généralement constituée par la répétition d'atomes ou de groupes d'atomes, appelés unités constitutives et dérivant, de fait ou conceptuellementhttp://fr.wikipedia.org/wiki/Polym%C3%A8re#cite_note-2, de molécules de faible masse moléculairehttp://fr.wikipedia.org/wiki/Polym%C3%A8re#cite_note-glossaires-0.

Dans de nombreux cas, une molécule peut être considérée comme ayant une masse moléculaire élevée lorsque l'addition ou la suppression d'une ou de quelques unités n'a qu'un un effet négligeable sur les propriétés moléculaireshttp://fr.wikipedia.org/wiki/Polym%C3%A8re#cite_note-glossaires-0.
En fait, il n'existe que très peu d'exemples de macromolécules qui ne soient obtenues par la répétition d'une unité structuralehttp://fr.wikipedia.org/wiki/Polym%C3%A8re#cite_note-3.
On les trouve plutôt dans le domaine des macromolécules naturelles, certaines protéines notammenthttp://fr.wikipedia.org/wiki/Polym%C3%A8re#cite_note-4.


Christian Michaud évoque dans ses mémoires, la synthèse du POLYACRYLATE D'ÉTHYLE, "sur mesure".....
Seul liant capable de conduire à des explosifs en feuilles très minces, et dont l'odeur révélait à la partie du CEA sous le vent du labo,
les activités  du dit labo.......
Il évoque aussi la synthèse de POLYMÈRES BORÉS à partir de carboranes dont la toxicité nécéssitait d'opérer en.............
SCAPHANDRE........


Il revient aussi sur la partie protohistorique de la synthèse de nouveaux explosifs, évoquant alors à l'époque de "chimie sportive".......
Il pose cette question :
"ÉTIONS NOUS DES KAMIKAZES ?
Commes tous les labo de synthèse, ne prenions-nous pas des risques malgré toutes les mesures de sécurité décrites dans la réglementation et permises par les techniques de l'époque ? 
Nous avons eu des accidents dont la gravité a été limitée grâce à la formation et à l'entrainement reposant pour une part importante sur l'analyse approfondie de tous les évenements et de leurs conséquences.
Nous avons appris que la sécurité réglementaire devait être complètée et parfois corrigée par le retour d'expériences pour aboutir à une sécurité que j'appellerais "active".....


Car les défauts de sécurité furent nombreux......


Les portes antipaniques, réglementaires, qui permettaient la fuite mais limitaient considèrablement  la vitesse d'intervention extérieure.
(la vie de l'un d'entre nous fut sauvée par la modification que nous avions arbitrairement effectué en contrevenant aux règles)


les vêtements, réputés "anti acides" qui se revèlent poreux lors d'une projection d'acide sulfurique ......


les extincteurs en nombre suffisant mais placés aux mauvais endroits.........


les alarmes sur lesquelles chacun compte et qui se déclenchent de façon intempestives, les rendant à terme peu crédibles........ donc dangereuses.......


à suivre........ 
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 MessagePosté le: Jeu 30 Juin 2011 - 00:44 Répondre en citant  
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Super boulot de recherche sur la mémoire des activités industrielles du CEA de Vaujours L'Isa Okay
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 MessagePosté le: Jeu 30 Juin 2011 - 07:39 Répondre en citant  
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Merci le Cerbère, j'ai bien conscience que c'est un peu barbant pour les profanes, mais pourtant profane que je suis, cette aventure me passionne.
Pourvoir enfin comprendre ce site,
identifier les bâtiments et leurs activités, c'est la récompense de trois ans de "fouilles" sur site et ailleurs.........


Je vais maintenant évoquer les activités menées à la batterie Sud.
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 MessagePosté le: Jeu 30 Juin 2011 - 08:05 Répondre en citant  
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  L'Isa
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voici donc la Batterie Sud, sa partie principale, le casernement, dans les années 80/90.
Ce casernement s'appelait l'ESCOM (espace communication) et était dédié aux fruits du travail  des équipes du CEA, un musée  s'y trouvait également, mais je n'ai pas à ce jour identifié la travée dans lequel il avait été installé par le CEA. 

La plupart des pièces exposées se trouvent aujourd'hui au musée des poudres du parc forestier de la Poudrerie de Sevran.
Je vous recommande vivement la visite de ce musée.
Le guide et responsable du musée, Jean Viallet, ancien du CEA est un personnage passionné doublé d'un pédagogue sympathique,
j'en profite pour le remercier une fois de plus, pour son aide précieuse.
 

vestibule d'entrée de l'ESCOM, 2010


vue sur le couloir des officiers, arrière des travées constituant la caserne.

une des cinq travées qui composent le casernement.

la travée abritant jadis peut-être le musée, à confirmer.


aujourd'hui le casernement est camoufflé par la végétation, mais en très bon état, intérieur comme extérieur, sauf une travée dont la cheminée d'aération a "perdu" son chapeau, du coup eaux de pluie et neige ont provoqués quelques dégâts.......

 

au Sud-Ouest du casernement, une traverse, en très bon état aussi.


passage couvert, qui mène à la chaufferie Sud.

sortie Sud du passage couvert, à gauche sur la photo, les alvéoles dédiées aux observations et expériences.


 

second passage couvert, situé au Sud Ouest du casernement.
 

accès Sud de la batterie Sud (donne sur la partie recherches) les alvéloes de chaque côté du passage, sont des alvéoles de stockage.

accès Nord (donne sur la partie ESCOM)
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Dernière édition par L'Isa le Jeu 30 Juin 2011 - 15:40; édité 1 fois
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 MessagePosté le: Jeu 30 Juin 2011 - 08:43 Répondre en citant  
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  cerbere
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Sans oublier celle-ci de l'ESCOM





entrée de l'ESCOM (2011)

alvéole de stockage, sise entre deux traverses transformée en alvéoles de "formulation"
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 MessagePosté le: Jeu 30 Juin 2011 - 09:07 Répondre en citant  
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juste pour le plaisir.......


passage couvert Est, sur la droite, une pièce dédiée aux "observations" sur la gauche l'ancien accès direct au couloir des officiers.


accès Sud à la zone des alvéoles d'observation et expériences.

une des alvéoles situées à l'extrême sud de la zone.



trois traverses ont été équipées de pare-souffles à des fins de sécurité.

avec chicane d'accès et fenestron en verre épais (5cms) d'observation à distance.

tandis que deux casemates de stockages aux portes blindées renfermaient des produits instables.


atelier jouxtant le casernement.

et ses paillasses isolées (hauts murs, fenestron d'observation.)

une des trois traverses réaménagées en zone d'observation et expérience, pas de vitre, mais du plastique.

une autre

gros plan sur le fenestron d'observation

gros plan sur une porte isolante......

alvéole 9

alvéole située face couloir des officiers

atelier 13, vestige du pont roulant qui équipe chacun des ateliers.

un des postes de commande, sans certitude.

un autre atelier, pont roulant.

fenestron d'observation

accès par chicane.


à ce jour aucune indication précise de ce lieu qui nous intrigue tant......
Il pourrait s'agir d'une gaine d'accès menant à un coffre de contre escarpe jamais terminé.

 

comme le laisse supposer l'état du bras d'accès.....
En tous cas cette gaine était electrifiée du temps du  CEA, il pourrait s'être agit d'un lieu de stockage, compte tenu de la température constante et basse maintenue en permanence dans ce lieu par ailleurs bien isolé compte tenu de sa profondeur.

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 MessagePosté le: Jeu 30 Juin 2011 - 09:44 Répondre en citant  
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D'après Hildeberg Kerviel, à partir de 1970 la batterie Sud a été réarmée et les petites alvéoles, composées d'un atelier merlonné et d'un poste de commande attenant étaient bien adaptés pour recevoir leurs installations pilotes de formulation.
Par ordre chronologique, les premières installations de la batterie Sud ont été  les MALAXEURS de capacité 1,3 et 5 litres utilisés pour le développement des compositions thermofusibles.

 

il se peut qu'il s'agisse de cet atelier, compte tenu des indications trouvées sur site, qui mentionnent l'existence de malaxeurs et de brasseurs.

Les cuves des malaxeurs étaient en acier et le chauffage assuré par une circulation d'eau chaude.
Le brasseur, en forme de  Z, était en bronze.
Ce afin d'éviter les étincelles...
La mise en oeuvre des compositions themofusibles était relativemenet simple, d'après Kerviel :

Après fusion du liant, on ajoutait progressivement de petites quantités d'explosif en poudre de granulométrie bien définie.
A la fin du malaxage, on obtenait une pâte homogène que l'on stockait dans une NORVEGIENNE en attente de moulage.
Toutes les opérations de malaxage étaient réalisées à distance et le taux de charge des compositions explosives était de 80%.
Le service Fabrication possèdait des malaxeurs permettant de produire entre 100 et 200 kilos de matière par opération....

Après les liants thermofusibles aux caractéristiques mécaniques médiocres, ils se sont interessés aux liants THERMOPLASTIQUES et THERMODURCISSABLES et il leur fallut développer de nouvelles techniques d'enrobage en phase aqueuse.......
Comme aucune installation n'existait, ils ont alors aménagé la batterie Sud en petit pilote ARTISANAL..............

Ce pilote était composé d'une cuve de 15 litres à double enveloppe et d'un dispositif d'agitation placé sous une hotte avec extracteur.
Il permettait de réaliser entre 1 et 3 kilos de composition explosive.........

Le liant était dissout dans un solvant à bas point d'ébullition puis coulé, goutte à goutte sur l'explosif maintenu en suspension dans l'eau........
à une température compatible avec l'élimination du solvant.
Au fur et à mesure que le solvant était éliminé, le liant se fixait sur les cristaux d'explosif.......
En fin d'opération, la suspension était refroidie, filtrée, lavée et sèchée.
Ils obtenaient ainsi un enrobé prêt à être moulé, pour les liants thermoplastiques.

L'opération se révèlait encore plus dangereuse pour les liants thermodurcissables.

Car ils devaient procèder à une catalyse avant moulage......
Cette opération consistait à mélanger intimement, dans des proportions minutieusement définies et calculées, l'enrobé et le catalyseur.....
Était alors obtenue une poudre à mouler et ce mélange était effectué à distance, dans un mélangeur en forme de V.

Cette technique permettait d'obtenir des compositions explosives à fort taux de charge :
entre 96 et 97% ...........

Il fallait ensuite contrôler les compositions obtenues, pour des motifs évidents de sécurité.......

La composition à liant thermoplastique était disponible pour l'usinage après contrôle radio et densité.

Quant à la composition à liant thermodurcissable, elle devait subir un traitement thermique de réticulation (pontage des chaînes macromoléculaires)  ou une cuisson.
Cette opération était réalisée dans des étuves classiques,
équipées de deux sécurités, pour éviter tout dépassement de température aux conséquences fatales.......
Ces étuves étaient implantées dans l'ALVÉOLE 14 DE LA BATTERIE SUD.
  

alvéole 14.
   
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 MessagePosté le: Jeu 30 Juin 2011 - 13:37 Répondre en citant  
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A présent je vais évoquer le mystérieux RX3 que nous avons longtemps nommé "le monstre d'acier".......


Nous l'avons souvent photographié, de jour comme de nuit, été comme hiver.......


Il se trouve dans partie Nord Est du fort central.


par delà ce passage couvert.
 

Il est fait d'acier et de béton.

au Sud et au Nord de la structure, un poste de mise à feu, les parois en béton armé sont doublées d'acier et les portes sont blindées.
 




vue du dessus (2010) de "l'ANNEAU DE RX3" disposant de trois axes de visées X à 120°

ci dessous, le même anneau, en 1961.......




et voici RX3 la même année :


splendide vue aérienne qui donne une idée de la réalité architecturale de la structure.........
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 MessagePosté le: Jeu 30 Juin 2011 - 13:55 Répondre en citant  
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RX3 était le plus récents des trois postes de tirs équipés de moyens radiographiques éclairs.

D'abord RX1 fut équipé des premiers générateurs.

Puis RX2 qui sera équipé de générateurs permettant de réaliser deux visées à 45° sur le même montage expérimental tandis que RX3 et son fameux anneau sera équipé, lui de trois axes de prises de vues à 120°

Chaque poste de tirs radiographiques comporte une chambre noire et les équipes de personne qualifié maitrisant parfaitement les techniques nécéssaires à la réalisation des expériences.

On voit encore les vestiges de ces chambres noires en 2010.

 
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